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Une guerre civile en Oregon

*Sixième et dernier volet de mon blog sur basketsession pendant la saison 2008-2009*

Version 2.0

Civil war

Avez-vous déjà vu les “Blue Devils” de Duke University jouer à la télé? Vous pouvez voir au bord du terrain leur section étudiante qu’on appelle les “Cameron Crazies”, toute vêtue de Bleu, debout pendant tout le match et hurlant à chaque instant pendant la grande majorité de la rencontre. C’est à peu près la même ambiance que propose toutes les grosses facs universitaires dignes de leur réputation: La section étudiante s’habille et se peint aux couleurs de son école et s’engage à gesticuler pendant deux mi-temps quitte à y perdre la raison… Bon j’exagère peut-être un peu mais l’idée n’est pas loin!!! S’il y a bien un souvenir que je garde de ma carrière à Oregon State, c’est que l’université d’Oregon (au même titre que la mienne) ne dérogeait pas à cette règle, tout particulièrement pendant la Civil War (« guerre civile » littéralement mais « derby » dans l’idée) avec Oregon State. Toutes les salles de la Pac-10 sont plus ou moins chaudes mais offrent toutes la perspective d’un grand show à venir. Il s’avère qu’Oregon ait la plus petite enceinte de la Pac-10 avec… un tout petit peu moins de 10 000 places assises (officiellement aux alentours de 9 980 alors qu’Oregon State, avant dernier en terme de capacité en a 10 400), ce qui ne l’empêchait pas d’être probablement la salle la plus intimidante et bruyante de la conférence (il y aura toujours débat pour déterminer qui d’Oregon ou d’Oregon State a la salle la plus chaude. Les ducks ont l’avantage ces quelques dernières années mais à la grande époque des Beavers, il n’y avait pas photo).

Voici un peu à quoi ressemble l’ambiance vu de l’intérieur: mettons nous en situation… Nous sommes donc à Oregon, au “Pit”, l’antre des Ducks (les canards en français). Le début du match n’est plus très loin. Les deux équipes sont retournées vers leur banc respectif, l’ambiance électrique de la salle est palpable.
Tout à coup les trompettes retentissent, tout l’orchestre (“The band”) commence à jouer l’hymne de l’école et les 10 000 personnes de la salle se lèvent et chantent au diapason. Les applaudissements qui s’en suivent sont lourds et intenses. On ressent une certaine anticipation dans le public, des murmures se propagent. Je regarde les tribunes, en particulier celle des étudiants. Tous ont les visages peints, portant le même tee-shirt jaune fluo qui avait la particularité de leur donner un look franchement déplorable (une fois un beaver…toujours un beaver!!). Mon analyse me dit par la suite que cela devait forcément être pour déstabiliser l’adversaire, les hurlements incessants provenant de… mes yeux (oui, oui, mes yeux ont hurlé de douleur!) m’en ont convaincu… lol

C’est à ce moment que Le Duck, mascotte légendaire de l’université d’Oregon se retrouve au milieu du terrain avec une poubelle verte, au couvercle… jaune bien entendu (vous aurez donc compris que le vert et le jaune sont les couleurs officielles d’Oregon). Je suis intrigué… il fait signe au public de faire silence. La salle se tait. Il ouvre un tout petit peu la poubelle, et en regarde discrètement le contenu, alors que des cris timides se propagent dans la salle. Il répète le mouvement mais avec un peu plus d’ampleur. Le bruit dans la salle s’intensifie. A chaque fois qu’il fermait la poubelle, le bruit s’arrêtait net. Il était facile à comprendre que la poubelle n’était autre qu’une grande boite à bruit virtuelle. Le Duck se prend au jeu, fait semblant d’ouvrir la poubelle et feinte le public prêt à exploser. Au moment opportun il tombe volontairement par terre tout en ouvrant en grand la poubelle ce qui permet au public de s’adonner à une séance d’intimidation collective gratuite, avec des hurlements quasi insoutenables pour l’oreille. Pendant le match, il n’était pas rare que l’arbitre ait du interrompre la partie car les étudiants qui sautaient sur place comme des fous furieux faisaient trembler le panier pendant les lancer-francs… Cette culture de haine mutuelle entre les deux universités, propose tout un plateau de rituels moqueurs auxquels les supporters s’adonnent avec joie. Chaque université aux Etats-Unis ayant son hymne particulier et des chants de soutien divers, les supporters rivaux ne se privent pas de les utiliser comme outils de caricature. Explication avec un exemple concret.

OSU Fans

Au Gill Coliseum, des Beavers (ou castors en français) et donc des supporters d’Oregon State University plus connue là-bas sous l’acronyme O.S.U, il y a un chant repris en cœur par le public qui se coupe en 3 groupes: la tribune nord, derrière notre banc se lève, forme un “O” avec les bras et crient cette lettre en cœur, c’est au tour des tribunes east et west situées derrière les paniers de crier “S” pour que la tribune sud finisse avec un énorme “U” (prononcé “you” en anglais) qu’ils forment eux aussi avec leur bras. Quand plus de 10 000 personnes se lèvent et s’adonnent à cet échange coordonné, il est impossible de ne pas avoir la chair de poule.
C’est de ce chant si particulier que les supporters d’Oregon ont choisi de se moquer. Nous revoici donc au “Pit”, l’antre des Ducks. Après la présentation des équipes où nous avons été copieusement sifflés, le chant des beavers d’OSU surgit de la tribune des étudiants…. mais avec une touche très particulière….. “OOOOOO”, “SSSSSS”, “YOOOOOOUUUUUU” “SUUUUUCK”, ce qui donne “Oregon State You Suck”, je vous laisse libre de traduire la phrase… Je me souviens aussi de la comédie permanente à laquelle se prêtaient les mascottes officielles des deux écoles: une fois à Oregon State, Benny, le beaver a plaqué au sol le canard par surprise et lui a ligoté les pieds, un peu comme l’aurait fait un cowboy lors d’un rodéo. “Classic Entertainment”!
Je donne un exemple assez gentil des échanges qui se passent entre ces fanatiques “oregoniens”, car il m’est souvent arrive d’entendre la section étudiante à Oregon State crier un gentil “Fuck the Ducks” pendant les matchs de foot américain opposant les deux équipes. Je ne vous cache pas quelle fut ma surprise mon année freshman (en première année) quand, à notre arrivée un peu plus d’une heure avant le match contre Oregon, plus de 500 supporters jaunes et verts nous attendaient à la sortie du bus pour “gentiment” nous accueillir… Je comprends mieux pourquoi la première chose que les supporters locaux te demandent à ton arrivée sur le campus quand tu es Freshman, c’est de mettre la pâtée à Oregon. J’ai par la suite découvert que la rivalité sportive entre Oregon et Oregon State faisait partie des plus anciennes de l’histoire sur le continent américain: en effet, cette rivalité remonte au début des années 1890 (!!!!), suite à la création d’Oregon State en 1893. Mon grand-père n’était pas encore né…

Ecrire ce blog me procure une sensation particulière… Je m’efforce de me replonger dans une période de ma vie pendant laquelle j’ai vraiment vécu des moments intenses. Au fur et à mesure de ma réflexion, des flashbacks des grands moments passés à Oregon State me reviennent.

Oregon State est une école pleine d’histoire et de tradition: Les étudiants qui campent une semaine à l’avance devant les guichets de vente des billets. Steve Johnson à l’époque où OSU était numéro 1 dans tous les Etats-Unis, Ralph Miller le coach légendaire. D’ailleurs le terrain du Gill Coliseum à Oregon State s’appelle depuis plus d’une décennie le Ralph Miller Court, sans oublier l’époque de Gary Payton…

GO BEAVERS!


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Une petite photo cadeau pour bien illustrer l’atmosphère qui règne au coeur de Corvallis (“home of the beavers”) quand l’heure de la guerre civile a sonné…cultissime!!

Beaver Pissin

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L’EXIL COMME PLAN D’AVENIR

Ce soir j’ai décidé de m’atteler à l’approfondissement d’un blog que j’avais précédemment écrit en direct live du bus en direction de Nantes la saison passée avec le PL. (Un déplacement qui comptait pour la 9ème journée de championnat)

Après consultation de mes “conseillers techniques” de l’époque, la suggestion d’une transition axée sur les raisons de mon exil aux Etats-Unis avait fait l’unanimité.

(Je tiens à préciser que je garde un œil attentif aux demandes diverses qui me sont faites par l’intermédiaire des commentaires laissés sur mes blogs, ou des messages que je reçois sur facebook ou par email. Je prend également à coeur de répondre aux multiples questions qui me sont posées au fur et à mesure, tout en essayant de conserver un esprit de continuité avec le blog précédent).

Pourquoi donc partir aux Etats-Unis quand bien même un premier contrat professionnel me tend les bras à l’aube de mes 18 ans?
La grande majorité des amateurs de basket saute généralement sur l’occasion pour étaler leur théorie sur le rêve américain des jeunes talents hexagonaux, ce qui cache souvent la profondeur d’un choix risqué mais cependant judicieux….si et seulement si ce jeune talent s’exile avec un vrai plan d’avenir en tête (dans mon cas, l’obtention d’un diplôme universitaire).

La France et les Etats-Unis sont fondamentalement différents, que ce soit au niveau culturel, politique ou bien entendu juridique. Je ne suis pas là pour parler de mes préférences sur ces sujets, car j’apprécie tout autant mon héritage français que ma découverte de la culture américaine. Je tiens simplement à préciser que cette différence affichée entre les deux pays se traduit également sur un plan scolaire….

“Qu’y a t-il donc aux Etats-Unis qu’on ne trouve pas en France?” doivent se demander les irréductibles gaulois….
La réponse est simple…un système scolaire qui ne condamne pas les athlètes de haut niveau à faire un choix entre leurs études ou une potentielle carrière sportive.
(Cette histoire ne concerne donc pas les jeunes qui ont décidé d’abandonner les études à leur sortie du lycée…)

cap-and-gown-for-webAllier les études de haut niveau avec le sport de haut niveau? Les sceptiques demeurent… à juste titre d’ailleurs puisqu’il n’y a pas d’équivalent en France pour ce genre de système.

Voici donc la force d’un système universitaire américain qui permet à tout athlète, peu importe sa discipline, de suivre des études avec un plan à long terme aménagé selon les secteurs d’études et les disponibilités des uns et des autres.
Un système qui m’a permis d’obtenir un “bachelor de science” (équivalent à un “Masters I” m’a t-on dit) en business international tout en jouant au plus haut niveau universitaire dans des conditions super favorables, devant des salles pleines à craquer…(Prémices d’un futur blog?)

En France les institutions scolaires sont spécialisées et ne font aucune place aux loisirs ou à des activités annexes quelconques. Ne vous méprenez pas, je ne critique pas la qualité de l’enseignement prodigué dans les établissements universitaires français. Leur prestige est d’ailleurs mondialement connu. Ils ne sont simplement pas dotés des structures adéquates qui permettraient aux étudiants de vivre une expérience plus attrayante et surtout plus diverse.

Pour tous ceux qui ont envie de me parler de l’INSEP, je répondrai que c’est un exemple à suivre en France mais que c’est justement la SEULE institution en France qui ressemble un temps soit peu à ce qui pourrait se trouver aux Etats-Unis, et que malheureusement la prise en charge des athlètes s’arrête….au Lycée.
On en revient donc au même problème qu’à 18 ans, un jeune athlète français est obligé de choisir entre sa scolarité et sa carrière sportive. Les chances sont grandes que même ceux déterminés à tenter l’aventure d’allier les deux seront très probablement vite découragés.

- Petite parenthèse:
Aux Etats-Unis, un “student-athlete” (étudiant-athlète) est utilisé comme une vitrine alors qu’en France, un athlète n’a que peu d’opportunités d’exploiter ses qualités hors du terrain. C’est d’ailleurs pour ca que l’opinion publique a trop souvent une image péjorative de ces athlètes qu’elle considère unidimensionnels (à peu d’exceptions près…)

Comment dissocier l’indissociable? Pour moi études et basket sont restés indissociables aussi longtemps que possible. Il est incontestable que ma mère m’a fortement influencé dans ce choix là. À ma sortie du lycée (en 2002), après avoir obtenu mon bac ES, à deux doigts de la mention (foutue option éco….coefficient 7!!), le moment était venu pour moi de prendre la décision la plus importante de ma vie: allais-je débuter ma carrière professionnelle ou poursuivre des études universitaires de haut niveau?

Le basket était clairement mon choix, mais je n’étais pas satisfait de l’optique qu’offrait l’abandon de mes études. Une blessure est si vite arrivée (j’en ai eu la preuve flagrante lorsque je me suis déchiré l’épaule droite avant le début de mon année sophomore à Oregon State…lors d’une séance de shooting!!!!!!) et je considère que c’est important d’avoir un plan d’avenir, ce qui inclus l’après-basket….

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- L’entretien avec Jacques Monclar:

Je ne peux pas dire que je suis parti aux Etats-Unis sans avoir hésité à rester en France. Par exemple, pour ne citer que celui-là, très peu de temps avant mon départ j’ai eu un entretien avec Jacques Monclar, qui à l’époque était encore à la tête du Paris Basket Racing. Son argument fut simple: pourquoi partir aux Etats-Unis pour jouer en High School, alors que tu peux intégrer immédiatement le monde professionnel?
L’argument était solide et prêtait à réflexion.

- La réponse aux hésitations:

Plus tôt pendant cette fameuse année charnière du Bac, ma mère et moi parlions à un des joueurs de l’équipe professionnelle de Poissy (mon club de toujours, encore en Pro B à cette époque) après un match de championnat. Au cours de la conversation, ma mère pose une question très simple et pourtant très importante à ce joueur: que feras-tu de ta vie après le basket?
En observant l’expression du visage figé du joueur, je ressentis le malaise du bonhomme qui ne trouva rien à répondre.
C’est à ce moment que je me suis promis de ne jamais me retrouver dans cette position d’incertitude et de dépendance visible au basket.

Mon départ pour les Etats-Unis était devenu inévitable…

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Maintenant je profite de cette opportunité pour apporter des éléments de réponse supplémentaires à tous les jeunes joueurs qui me sollicitent sur facebook afin d’en savoir plus sur les démarches pour partir aux États-Unis:

Je suis parti par l’intermédiaire d’un des programmes d’échange d’étudiants sur la liste officielle du consulat américain. C’est un processus qui peut prendre plus d’un an pour tout mettre en place, mais puisque j’avais déjà une famille américaine prête a m’acceuillir, j’ai pu accélérer les choses. Pour ce qui est du nom du programme, je ne m’en souviens pas du tout par contre, mais la liste est longue, ce ne sont pas les programmes qui manquent.

La première chose que je cherche à savoir quand on me sollicite au sujet des États-Unis, c’est le motif d’un potentiel départ. La plupart des jeunes se laissent berner par le rêve américain en ne se concentrant que sur l’aspect sportif de l’expérience. Je doute que la majorité de ces jeunes ont vraiment conscience des obligations scolaires qui les attendent s’ils arrivent à partir. Ce n’est pas forcément que le niveau scolaire est plus élevé à l’etranger, loin de là. C’est surtout qu’en France l’école et les clubs sportifs sont deux entités complétement séparées (sauf UNSS…) et que les résultats scolaires obtenus par un jeune écolier n’ont aucunes conséquences sur sa pratique du sport en compétition (En d’autres termes, à moins d’etre puni par ses parents, un jeune joueur ne serait pas privé de compétition le weekend à cause de ses mauvais résultats scolaires…).

Ce qui n’est pas le cas aux États-Unis les diverses équipes sportives sont engagées en compétition par l’intermédiaire des institutions scolaires… qui imposent à tous ses “student-athletes” de conserver des notes au dessus de la moyenne tout au long de l’année, au risque de se voir suspendre de compétition.

En ajoutant à cela la barrière de la langue..

Il est ainsi primordial qu’un jeune ait conscience des différences multiples qui existent entre le sytème français et le système américain, et donc de l’importance qu’accordent les américains à la réussite scolaire alliée au sport.

Ceci pourrait lui permettre de vivre une experience aboutie et de ne pas se retrouver à revenir en France aussi vite qu’il en est parti…

Merci à tous d’avoir pris le temps de lire mon blog.
God bless

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