NCAA : mode d’emploi
*Cinquième volet de mon blog sur basketsession pendant la saison 2008-2009*
Version 2.0
Me voici donc à l’entame du cinquième volet d’un blog qui décidément ne cesse de me replonger dans les moments forts de ma carrière. Six ans passés sur la côte Ouest à arpenter les terrains du nord de San Francisco et d’Oakland, de la Pac-10 à Oregon State et de toute la Californie à Cal Poly Pomona, ont forcément laissé une trace indélébile dans mon esprit.
Le mois de Mars approche inéluctablement (Nldr: j’avais écrit le blog en février dernier…).et il m’est impossible de ne pas plonger dans une certaine mélancolie: “it’s March Madness time babyyyy” dirait un certain Dick Vitale, commentateur d’ESPN et accessoirement… LA voix de la NCAA. On n’en fera jamais deux comme Dicky V. (prononce Dicky Vi forcément…): ce bonhomme s’est tout de même fait opérer des cordes vocales tellement il braillait derrière le micro…”true story”.
Le championnat universitaire américain est des plus fascinants et rencontre une popularité incomparable aux Etats-Unis, un pays pourtant riche en grands événements sportifs. Entre le “Super Bowl” de leur football professionnel, les “World Series” du baseball, ou encore les “NBA Finals”, c’est pourtant le Final 4 NCAA qui provoque une véritable frénésie populaire.
Au début du mois, je me suis procuré le dernier BAM (Basket News America, édition février 2009) et une section du magazine était consacrée à la NCAA, avec un mode d’emploi instructif pour les amateurs débutants de ce championnat hyper-médiatisé aux Etats-Unis. On y retrouve des infos intéressantes, comme le fait qu’en NCAA, il y a 31 conférences et 347 universités dont 15 qui sont indépendantes (c’est à dire non affiliées à une conférence et qui par conséquent ne peuvent pas participer au tournoi final NCAA).
Suite à la lecture de ce petit dossier (sujet de ma réflexion mélancolique…), je me suis rendu compte que je pouvais apporter quelques éléments nouveaux à ce mode d’emploi de la NCAA, et surtout des précisions que je considère critique pour une véritable compréhension de l’événement.
Mais qu’est donc cette “March Madness” dont on parle chaque année et dont la grande majorité des français ne comprend toujours pas le fonctionnement exact? (A juste titre d’ailleurs puisque la NCAA n’est pas un championnat grandement médiatisé en France).
C’est le surnom donné au tournoi final universitaire américain et qui regroupe 65 des tops universités du pays. Les 31 champions de conférence y sont automatiquement qualifiés, les 34 autres participants étant désignés par le comité de sélection de la NCAA. Soit.
Mais comment est ce que ces 34 autres participants sont ils sélectionnés exactement? Puisqu’en NCAA il y a une véritable disparité dans le niveau de jeu propose par les différentes conférences. Il y a en fait trois critères majeurs qui sont pris en compte au moment de distribuer les derniers tickets pour la “Big Dance” (autre terme commun pour la March Madness la bas):
- Le RPI (“Rating Percentage Index”) qui est une formule mathématique qui évalue les équipes en fonction de leur bilan et de la difficulté de leur calendrier.
- La difficulté du calendrier (“Strength of Schedule”) est un critère à part entière même si déjà utilisé dans le système de calcul du RPI.
- Le niveau de difficulté de la conférence rentre également en compte. Le plus haut le niveau de jeu cette année là, la plus grande chance d’être sélectionné “at large” par le comité de sélection.
C’est pour cela que les conférences les plus fortes comme la Pac-10 de UCLA (3 Final Four d’affilée) ou la ACC de Duke et North Carolina qui comme toutes les autres conférences, n’ont droit qu’à une seule place garantie, envoient tout de même entre 4 et 6 de leur représentants chaque année au tournoi final.
Cependant il n’est jamais facile de distribuer les derniers tickets restants pour la March Madness quand très souvent une bonne dizaine d’équipes présentent un bilan tout à fait comparable avec leurs multiples “Key losses” (défaites clés) et “Key wins” (victoires clés). Ces équipes-là sont appelées “Bubble Teams”, des équipes qui n’ont encore aucune garantie de faire partie du “Big Show” (oui oui, encore un autre nom) et qui doivent s’en remettre au jugement final d’un comité de sélection qui débat ardemment sur le mérite des derniers candidats. C’est en autre ce qu’on appelle la “Bracketology”.
Mais la “post season” universitaire ne se résume pas au tournoi final de la March Madness; il y a également un deuxième tournoi un peu moins médiatisé qui s’appelle le N.I.T (“National Invitational Tournament”). C’est un tournoi permettant aux équipes méritantes, qui ont réussi une belle saison (en particulier les “bubble teams” qui finalement ne participeront pas à la March Madness) de pouvoir pérenniser leur année avec un tournoi final de bonne facture.
J’ai eu l’honneur de faire partie de l’équipe d’Oregon State qui a participé au N.I.T en 2005 après 15 ans d’absence de l’université en “post season” suite au départ de Gary Payton pour la NBA en 1990.
Petite anecdote:
Rodney Elliott, mon ami et coéquipier au Paris Levallois (un ancien cador de Maryland à l’époque de Joe Smith) m’a raconté que de là où il venait, les mauvaises langues s’amusaient toujours à dire que le N.I.T équivalait à “Not In the Tournament”….daaaamn, merci Rod, very nice…lool
Je profite également de ce blog pour parler des particularités très intéressantes (toutefois méconnues par le grand public international) que propose le basket universitaire américain. Rentrons donc dans le vif du sujet…
Tout athlète universitaire possède 4 ans d’éligibilité sportive (“eligibility” est le terme utilisé en anglais) à partir de son intégration officielle à la fac. Il se peut qu’il reste à l’université plus longtemps, soit pour achever son cursus scolaire soit pour approfondir ses études (dans l’optique d’obtenir un master par exemple). Quoiqu’il arrive, il n’a droit qu’à 4 ans de compétition officielle en affiliation avec la NCAA.
Cependant, une carrière universitaire ne se résume pas forcement à la simplicité de quatre années de compétition. Savez-vous ce qu’est un “Redshirt”?
Un joueur en première année universitaire peut choisir de commencer sa carrière avec le statut de “Redshirt”, ce qui veut dire que le joueur (qui reste un membre à part entière de l’équipe) ne prendra pas part à la compétition durant cette saison sans pour autant perdre une année de son “eligibilite” sportive. L’objectif principal de cette entreprise est pour le joueur d’utiliser au mieux cette première année d’apprentissage afin de s’intégrer au sein du collectif et surtout de se renforcer musculairement.
Il s’avère que la grande majorité des “freshmen” universitaires ne possède pas une grosse densité physique, ce qui en soit est tout à fait normal vu leur jeune âge (Stephen Curry l’année dernière). Une année reshirt leur offre une magnifique opportunité de maximiser leur expérience de joueur tout en prenant de l’avance au niveau scolaire. Une véritable aubaine.
De plus, une année redshirt s’impose parfois quand un jeune “freshman” arrive dans une équipe blindée à son poste avec des joueurs “seniors” (de dernière année), ce qui lui permet de ne pas perdre une année car assis sur le banc à ne pas jouer.
Au cours de sa carrière un joueur peut également obtenir un statut de “redshirt medical” s’il souffre d’une grave blessure qui le priverait au minimum des deux tiers d’une saison.
Une année en tant que “redshirt médical” permet à un joueur d’éviter le gâchis d’une saison blanche pour cause de blessure. C’est précisément ce qu’il m’est arrive en septembre 2004 quand je me suis déboité l’épaule droite à la reprise des entrainements et par la même déchiré le labrum. Suite à la réparation chirurgicale nécessaire sur mon épaule, j’ai donc opté pour le “medical redshirt”.
Je suis revenu plus fort la saison suivante mais malheureusement mon coach avait déjà changé son fusil d’épaule…Mais ca c’est une autre histoire.
Quitte à parler de la NCAA et de ses particularités, il m’est impossible d’épargner le sujet suivant: qu’est ce qu’un “walk-on”?
Un “walk-on” est un joueur universitaire qui n’a pas reçu de bourse pour jouer au basket à sa sortie du lycée. Cela ne remet pas forcément en cause son niveau de jeu, c’est simplement qu’il est passé à travers les mailles du système de recrutement pour des raisons diverses.
Aux Etats-Unis c’est un véritable prestige de jouer pour une équipe universitaire, et encore plus d’obtenir une bourse d’étude. Nombreux sont les candidats qui postulent à une telle reconnaissance. Un “walk-on” se bat donc pour obtenir une place dans un effectif universitaire, quel qu’il soit (un peu le même principe que les essais en France). S’il arrive à gagner sa place, il se bat ensuite pour convaincre le coach de lui attribuer une bourse car les études coutent très (trop…) cher, mais surtout parce que c’est la récompense absolue pour son travail. C’est exactement ce qui s’est passe avec le fils de Michael Jordan (Jeffrey), qui était un “walk-on” l’année dernière dans la prestigieuse université d’Illinois (numéro 1 du pays une année quand j’étais à Oregon State) ; le coach lui a attribué cette saison une bourse d’étude complète (quand bien même nous convenons que quiconque appartenant à la famille Jordan n’a pas de problèmes financiers aujourd’hui…) afin de récompenser son année freshman pendant laquelle il a beaucoup apporté à l’équipe, surtout dans un rôle de stoppeur défensif.
Je voulais finalement préciser un petit peu ce que sont les “Junior Colleges”. J’ai vu trop de jeunes français, aveuglés par le rêve américain, se laisser engrainer vers l’exile dans un Juco.
Ces sont des institutions universitaires qui offrent des cursus scolaires de deux ans, mais contrairement aux IUT en France, n’offrent pas de débouchés concrets. Ils permettent simplement d’intégrer une institution universitaire NCAA afin d’achever les deux premières années d’études. Les joueurs qui intègrent les “Junior Colleges” ont généralement des lacunes scolaires et ont besoin d’une mise à niveau afin de pouvoir intégrer par la suite une équipe NCAA.
Ces écoles disputent leur propre compétition, régie par la NJCAA. Des grosses pointures y ont tout de même fait leurs marques comme Shawn Marion ou Stephen Jackson mais surtout Larry “Grandma” Johnson.
Merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire mon blog, qui était particulièrement long cette fois-ci. J’espère qu’il vous aura apporté des éléments de réponse concrets au sujet de la NCAA et de ses particularités.
A bientôt!!



Carrément bien cet article, on apprend vraiment plein de choses, merci
Super article. Très bien expliqué.
@B.Ball
Quand un joueur universitaire décide pour une raison quelconque de changer d’école, les réglements universitaires imposent au joueur une année d’inactivité en compétition officielle (ce que la NCAA appelle une saison “Redshirt”). Il prend part à toutes les activités communes à sa nouvelle équipe (entrainements, séances muscu, conditionnement physique et autres…) mais n’a pas le droit de jouer de matchs officiels. La NCAA a mis ce système en place afin de dissuader les jeunes joueurs de transférer impunément d’école en école chaque année.
ah ga franchment ton blog été op g lu tt sa é sa fai plaizir dentendr parlé du bball universitaire americain au states..brf vasi ga bn courage tt sa peace gro
Très bon article, super bien expliqué. J’ai appris pas mal de choses.
Je voulais savoir aussi, quand un joueur change d’université d’une année à une autre, il ne peut pas disputer les matchs de championnats ? (comme Seth Curry le frère de Stephen cette saison avec Duke)